Mariage pluvieux…

« Bien sûr mon amour on peut chavirer
Bien sûr comme toujours dans les virées
Bien sûr mon amour mais on sait nager
On s’aime si fort ensemble on va gagner »

(« Bien sûr », Jean-Louis Auber)

Nous avons eu deux mariages. Un mariage civil en France début juin et un mariage religieux dans mon pays natal fin août. Deux robes. Deux cérémonies. Deux réceptions. Et à chaque fois… de la pluie.

Les semaines précédant les deux mariages il a fait magnifiquement beau. Si j’ai choisi ces dates-là, juin et août, c’est pour qu’il fasse beau. Je ne voulais pas de pluie. Je n’aime pas la pluie. Lorsqu’il pleut, j’ai mal à la tête et tout est plus compliqué. Cependant étant une personne qui ne laisse rien au hasard, surtout pour le plus beau jour de sa vie, une semaine avant le mariage civil j’ai commandé sur Internet un joli parapluie transparent.

La veille du jour J, la commande n’était toujours pas arrivée.

Et pas de chance ! Le jour J est arrivé et avec lui… la pluie. Non des cordes, mais de la pluie tout de même. Pendant que je me faisais maquiller et coiffer par une professionnelle venue à domicile, j’ai supplié mon fiancé et mon frère de prendre la voiture et d’aller à Paris au magasin où j’avais acheté mes deux robes, pour qu’ils achètent un parapluie. La cérémonie civile n’avait lieu qu’à quinze heures, ils avaient donc largement le temps pour faire un aller-retour de notre banlieue parisienne proche. Et je savais que le magasin proposait toute sorte d’accessoires.

Ils y sont allés… Pendant ce temps, le facteur est passé avec ma commande. Je me suis donc retrouvée avec deux parapluies. Le premier en dentelle blanc cassé. Le second transparent. Et finalement ce ne sera pas de trop. Le jour de notre mariage religieux, fin août, une légère pluie se fera inviter (pas par moi en tout cas) également. Une pluie empêchant le chignon de bien tenir sous le poids du voile et me mettant dans une humeur bien maussade dès le matin après une nuit d’insomnie…

Il ne pleut jamais fin août dans mon pays !

Pas de bol ?! Si !? Question de point de vue.

Pourquoi les jeunes mariées ne veulent pas de pluie alors que tout le monde connaît ce célèbre dicton ? Je souligne quand même que c’est un dicton français, absolument pas connu dans mon pays. J’avais donc des ressentis très mitigés lorsque les invités venaient me le réciter comme des perroquets espérant me consoler.

En tout cas nous aurons été servis ! Le jour du mariage civil le soleil apparaîtra pour la séance de photos et la réception qui aura lieu sur une péniche sur la Seine. Ce n’est qu’au petit matin, un peu avant cinq heures, lorsque nous ne serons plus qu’une quinzaine de personnes, qu’un violent déluge passera par là. Mais nous serons bien à l’abri. Le son de la pluie tombante sur le toit toilé de la péniche et les mouvements du bateau sur l’eau apporteront une magie supplémentaire à cette aube achevant la nuit de fête…

Mais que voulait dire cette fine pluie du matin et cet orage de la nuit ? Comment les interpréter ? Beaucoup de difficultés ? Beaucoup de bonheur ? Et si les deux allaient ensemble ?

J’aurai une partie de réponse lors de la cérémonie religieuse à travers les paroles du curé célébrant l’office. Il comparera le mariage au bon vin qui s’améliore avec le temps. J’ai énormément apprécié son discours car il prenait en considération l’origine française de mon époux en devenir. C’était beau ce qu’il disait. C’était profond. C’était humain.

Pour lui les difficultés de la vie à deux, et ensuite de la vie familiale en présence des enfants, seraient là pour renforcer notre lien et non pour le casser. Ce serait le sens du mariage. La fierté du chemin parcouru lorsqu’on se retourne et quand on voit tout ce qu’on a accompli ensemble. Et d’ailleurs ce sont toutes ces tempêtes qui nous rappelleraient les priorités de la vie. Le sens profond des choses ressurgissant à travers les avalanches et dont on prend conscience dans la magie du calme qui les suit.

Regardez ce qui se passe lorsque la routine s’installe dans votre vie de couple ? Dans votre vie de famille ? Regardez cette monotonie dont se plaignent souvent les femmes mariées. Cet ennui qui s’immisce peu à peu… On se concentre sur tous ces petits problèmes sans réelle importance.

Quelques kilos de trop, une phrase blessante dite par un proche, le budget limité pour les achats de Noël.

Alors que face à un accident, une maladie ou un deuil, tous ces petits problèmes exacerbés à cause de la routine de la vie disparaissent comme par enchantement afin que nous puissions nous recentrer sur l’essentiel. La sagesse acquise avec le temps et à travers les grosses tempêtes de la vie est inestimable. Car un mariage heureux n’est pas celui qui perdure dans la passion. Un couple heureux c’est celui qui apprend à danser sous la pluie tout en s’efforçant de ne pas se laisser atteindre par les foudres. C’est un couple sachant se réinventer avec beaucoup de patience et de persévérance.

Un bon vin relève la saveur des plats. Tout comme le temps qui passe et qui relève la saveur de ce lien qui unit deux êtres.

À condition que le passé nous enrichisse et nous aide à capitaliser sur nos expériences au lieu que ce même passé pèse sur nous et nous fasse commettre toujours les mêmes erreurs. Car dans l’histoire de l’humanité les souvenirs ont toujours été là pour nous aider à avancer et non pour nous faire régresser. Et ce ne sont pas seulement les réussites qui nous font grandir, mais aussi, ou peut-être surtout les échecs.

Et d’ailleurs, selon certaines sources, l’expression « mariage pluvieux, mariage heureux » s’écrirait en fait « mariage plus vieux, mariage heureux ». Rien à voir avec la météo donc…

« Bien sûr mon amour, on va traverser
Bien sûr mon amour, presque arrivé
Bien sûr mon amour il faut pas douter
On s’aime si fort ensemble, on va gagner »
(« Bien sûr », Jean-Louis Auber)