Un cœur qui pleure

Mon cœur pleure, en-dedans, au plus profond, au plus intime de moi-même et personne ne le voit…

A quoi bon ? A quoi bon raconter, je sais qu’il ne m’écoutera pas.

[Texte de lectrice]

« Tu dois être forte ma sœur » m’a-t-on inculqué dès mon plus jeune âge. Cela veut dire quoi exactement ? Enfouir très loin tout ce qui blesse, traumatise, choque et jouer la comédie ? Faire semblant que tout va bien, sourire, aux autres surtout, il ne faut pas que cela se voie, jamais…

Alors, je somatise, je me dédouble, je cherche des refuges : la nourriture, l’alcool, pas les drogues heureusement. Et je me console en rêvant à un prince charmant qui viendrait me délivrer de ce cauchemar et qui, lui, bien sûr ne serait pas comme ma famille. Il serait paré de toutes les vertus choisies par moi : vaillant, franc, séduisant…

Malheureusement, le cauchemar se poursuit. Je découvre les hommes et me désespère de trouver le prince charmant tant rêvé…

Je continue toujours, plus de quarante après, à l’espérer. Je ne parviens pas à m’enlever cette image-là de la tête. « L’espoir fait vivre » paraît-il, mais il fait mourir aussi, à petit feu, un peu chaque jour, au contact de celui que l’on voulait être notre amoureux fantasmé et qui forcément nous déçoit constamment.

Je ne suis pas sûre que certains contes pour enfants soient bénéfiques pour toutes les petites filles, en tout cas pas pour moi.

Alors pourquoi dévoiler ce qui me blesse à cet homme qui, pour toute réponse à certaines confidences passées, n’a su me dire que « le problème est chez toi, pas chez moi, tu n’as qu’à te faire soigner »… Ou encore « mais ce que tu es coincée sexuellement, ma pauvre fille, évidemment avec la famille que tu as, ce n’est pas étonnant ! »

J’ai voulu partir. Les hommes que j’ai rencontrés ne s’intéressaient pas plus, voire moins, à mes états d’âme ou, d’une façon perverse, faisaient semblant de m’écouter pour mieux arriver à leurs fins après ! Un grand classique, je l’ai compris après.

Peut-être les hommes et les femmes n’ont pas la même façon d’aimer ?

Un homme va souvent vouloir assurer le bien-être matériel de sa femme et de ses enfants avant tout. Les sentiments, on verra après. Un problème de société aussi, nous avons été élevés dans ce schéma-là.

Mais nous ne sommes pas obligés d’y rester.

Je suis plus optimiste aujourd’hui, mais je regarde toujours si, au bout de la rue, je ne vois pas arriver mon prince, sur son cheval blanc ou pas…

***

[Texte de lectrice]