Une douche à l’italienne

« Quiconque écrit s’engage… » (Thomas Corneille)

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Propriétaires d’un appartement acquis en indivision avec mon ami, devenu le père de mes enfants, puis mon mari, nous souhaitions séparer les toilettes de la salle de douche grâce à l’achat d’une partie commune, et agrandir également et rénover la salle d’eau. Un joli projet d’avenir, de quoi ressouder notre mariage…

[Témoignage]

Nous nous sommes mariés quand les enfants avaient respectivement neuf et dix ans. Pour réaliser ces travaux, j’entendais que ce soit un très bon ami de mon mari qui s’engage. Nous avons dû faire preuve de patience, attendre quelques mois pour qu’il bloque son agenda, à partir de fin octobre de cette année où tout allait basculer. Mon couple vacillait un peu déjà, surtout depuis le coup de pied dans le dos que mon fils a reçu de son père au début de ce mois d’octobre.

Mais ce sont les fameux hauts et bas qui caractérisent tout couple et qui n’épargnaient pas notre relation depuis dix-sept ans.

Notre mariage datait de trois ans à fin octobre. Cet ami, je l’appréciais aussi pour sa douceur et son côté un peu éthéré. Ni beau ni moche, il avait du charme avec ses cheveux légers en broussaille autour de son visage avenant. Sa démarche de danseur et sa force incroyable pour un homme dont la silhouette sèche s’apparentait davantage à celle du coureur à pied. Il est venu prendre les mesures, nous proposer un devis et un planning.

J’admirais son professionnalisme et j’avais toute confiance à l’idée de lui déléguer la conception et la réalisation de ce chantier.

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Il a déjà rénové notre chambre à coucher en l’insonorisant. La salle de bains ainsi que le salon ont été repeints par ses soins. Quant à notre appartement précédent, là où je l’ai connu il y a plus de quinze ans ainsi que sa femme et ses enfants, il nous avait aidé à y bâtir une chambre en plus pour accueillir notre aîné.

Il s’agissait plus que de la confiance car je n’avais même pas de clés à lui laisser puisque mon mari travaillait en tant qu’indépendant à la maison. Et je me souvenais de son geste de fin de chantier, la boîte de macarons généreuse d’un célèbre chef pâtissier-chocolatier pour moi, et pour mon mari un coffret de multi-tournevis.

Du jamais vu !

La salle d’eau constituait le chantier le plus important : il a duré trois mois. Il venait tôt le matin et passait même très tard le soir ou le week-end pour déposer le matériel nécessaire aux travaux à accomplir les jours suivants. La famille avait pris l’habitude de le côtoyer quotidiennement pendant ces quelques semaines. Le soir lorsque je rentrais du travail, c’était agréable de le retrouver. Je m’occupais des machines et faisais travailler les enfants, surtout l’aîné, précoce au tempérament très fort, et peu enclin à faire ses devoirs.

Notre ami, pendant ce temps, finissait sa journée dans le petit espace qu’il magnifiait. Il avait déporté les toilettes au milieu du couloir en prévision de la séparation. Ensuite après avoir fait dîner les enfants, je lui proposais un verre. Il n’avait pas hâte de rentrer chez lui. Sa douce femme que je croyais telle et que je connaissais un peu pour avoir partagé quelques dîners avec eux, se révélait aux dires de son notre ami une femme au contraire dure et exigeante qui semblait le castrer.

Un couple donc en déroute, un autre.

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On buvait un peu, discutait autour d’un verre de vin. Après le verre, il partait. Il devait rentrer s’occuper de ses enfants pendant qu’elle travaillait. Sa femme quittait son bureau souvent très tard. Il habitait un quartier de Paris dans un appartement qu’il avait hérité. Mais il haïssait ce quartier qui se trouvait à l’opposé de celui où l’on était et de celui qui l’avait vu naître.

Un dimanche soir d’hiver, je vais voir un film avec pour actrice principale Charlotte Gainsbourg que j’adore, j’y vais seule. Mon mari n’est pas fan des films français. Mon portable vibre dans ma poche en pleine séance. Étonnant à cette heure. C’est notre ami qui partage avec moi sa vision d’une femme bobo prise sur le fait. L’un de nos sujets de discussion le soir autour d’un verre. La femme, mi-bohème mi-bourgeoise, qui déambule dans les rues de Paris chaussée de sabots et circulant en vélo alors qu’elle habite un quatre ou cinq pièces en plein cœur de Paris.

Cette photo ou plutôt ce texto m’a touchée. J’ai répondu, il m’a aussitôt répondu. Première aparté, premier message. Il n’était plus que l’ami de mon mari. Ce fut le début d’échanges de textos entre lui et moi. Il a tout de suite prévenu mon mari comme mu par un élan de culpabilité. Mon mari a vérifié auprès de moi “Comme ça, vous parlez chiffons ? “ étonnée et gênée, je le lui confirme. C’est pourtant bien la teneur de nos sms.

« Dès que j’te vois, j’sais que c’est toi
Dès que tu me vois, tu sais que c’est moi »
(Vanessa Paradis, « Dès que J’Te Vois »)

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Un sms, puis un autre. Un ruisseau, un fleuve, une cascade de mots digitaux. Complices, aussi bavards l’un que l’autre par écrit alors que tous les deux nous sommes très réservés.

La nuit, le jour nous ne nous arrêtons plus. Plus de mauvais temps, plus d’ennui au travail. Ces quelques heures à peine deux jours m’ont transfigurée. Éveillée la nuit, excitée la journée, je tombais amoureuse. Un sentiment qui me dépassait, qui m’intriguait d’autant que je ne culpabilisais pas en tant que femme mariée. Aucun garde-fou ne venait ébranler la montée en puissance de ce déferlement d’émotions et de sentiments.

Comment nous comporter devant mon mari et les enfants ? Rester la femme de son ami ? Ou exposer notre complicité ? Jusqu’où cela peut aller ?

Naturellement nous avons fait comme si de rien n’était. Faire semblant. Mais la nuit, mais le jour, derrière nos textos et face aux insomnies pour moi, une passion qui me dévorait. Je ne me rappelais plus en avoir connu de telle depuis celle de mes 20 ans. Cela m’intriguait et m’incitait donc à outrepasser les principes de mon éducation judéo-chrétienne. Mais rien physiquement ne s’est passé. J’avais dit à mon aîné que je restais avec son père pour eux. Lui, de son côté, il n’était pas question qu’il quitte la mère de ses enfants…

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« Est-ce que si on l’avait fait
On se ferait l’effet
Que l’on se fait chaque fois
Si on l’avait fait
On se ferait l’effet que l’on se fait »
(Vanessa Paradis, « Dès que J’Te Vois »)

 

La suite… « Ni remord ni regret »

 

 

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