Les enfants de la paix

« Établir la Paix durablement est le travail de l’éducation.
La politique ne peut qu’éviter la Guerre. »
(Maria Montessori)

Il y a 101 ans mon pays retrouvait son indépendance. Une nation forte dans le passé, placée centralement dans l’Europe, affaiblie à cause des conflits internes, à la merci des ses voisins envieux et effacée de la carte de l’Europe pendant 130 ans.

Elle retrouvait sa liberté, pour à peine 20 ans, le temps d’une génération de l’entre-deux-guerres. Ensuite la 2d Guerre Mondiale est passée par là, suivie de la Guerre Froide. À nouveau sacrifiée. Abandonnée derrière le Mur. Pas de Plan Marshall pour nous. Pas de répit.

Il y a 40 ans, je naissais dans ce pays où le programme scolaire était bourré de toutes ces guerres. Bizarrement, mes deux grands-mères ne m’en ont parlé que très peu. En revanche les lectures obligatoires et les cours d’histoires m’ont mise dans un état d’anxiété permanente :

« Et si une 3e guerre mondiale devait avoir lieu ? »

Alors aujourd’hui quand des voix se lèvent, ici ou ailleurs, contre l’Europe, cette angoisse revient. Allons-nous tous oublier pourquoi cette Union est née ? Nos enfants, comprendront-ils le sens de cette Histoire et sa Leçon ?

« Chantons pour la paix nouvelle
De notre Europe unifiée,
Quand l’Histoire nous rappelle
Les massacres du passé.

Quand nos peuples dans la tourmente
Vivaient dans la haine et le sang, 
Oh ! Quelle joie nous enchante
Plus de guerre pour nos enfants. »

(« Un hymne à la joie », Jacques Serres, 2011)

Mon grand-père maternel était alcoolique. Quand il buvait, il devenait violent. Les vestiges de la guerre. La guerre était terminée, mais sa trace était bien là. Il est décédé quand j’avais un an. On m’en a parlé que très peu. Ma mère et ma grand-mère ont toujours été très pudiques à son sujet.

Mes grands-parents, ces enfants traumatisés par la Guerre, étaient-ils vraiment prêts pour devenir parents et élever des enfants ? Étaient-ils prêts à leur donner toute l’affection et la sécurité dont un enfant a besoin ?

Ma mère et son frère sont nés six et sept ans après la 2d Guerre Mondiale. Les enfants de l’après-guerre. Mon oncle, beau et intelligent. Dans sa jeunesse toutes les filles étaient amoureuses de lui. C’était un gars vraiment drôle et sympa. Quand il n’était pas ivre. Ma mère aurait pu être Miss Monde. Son destin a été tout autre, mais c’est une autre histoire.

Combien de générations sacrifiées ?

On dit que pour sortir de la pauvreté, il faut cinq générations. Et si pour ne plus ressentir les effets négatifs d’une guerre, il en faudrait autant ? Aujourd’hui on parle de plus en plus de la transmission transgénérationnelle des traumatismes et de la souffrance non dite

« Sans que les frontières anciennes
N’entravent leurs destinées,
Nos filles seront sereines
Et nos fils épris de paix.

Quand ensemble ils sauront dire
En toutes langues « bienvenue » 
Et pourront enfin construire
Ce monde tant attendu. »

(« Un hymne à la joie », Jacques Serres, 2011)

J’avais dix ans quand mon pays retrouvait à nouveau son indépendance. Ses citoyens retrouvaient la liberté de pensée, de parole et d’action. Le champ des possibles s’ouvrait. Certains n’ont jamais su se retrouver dans cette nouvelle réalité, n’ont jamais appris à bien utiliser cette liberté toute fraîche et déstabilisante.

D’autres, comme moi, ont décidé de partir. Prendre en main notre destin. Prendre la responsabilité de nos vies. Nous envoler vers d’autres horizons.

Les enfants de la liberté.

Alors aujourd’hui, pouvoir élever nos enfants dans un climat de paix et de sécurité, constitue un énorme acquis des dernières décennies sur notre Continent. Ne l’oublions pas. Même si l’amour n’est pas au rendez-vous ou les fins de mois sont parfois difficiles.

Je souhaite de tout mon cœur que la génération de mes enfants et de leurs petits camarades soit celle de la Paix, quelles que soient leurs origines et leur nationalité. Tâchons de leur transmettre le sens profond de la Citoyenneté du Monde.

« Démocratie notre rêve
De plus haute antiquité
Pour toi notre chant s’élève
Europe et fraternité.

Nous chanterons pour que progressent
Les idées de l’humanité, 
Et pour que jamais ne cessent
La joie et la liberté. »

(« Un hymne à la joie », Jacques Serres, 2011)

Apprenons-leur à dire « non ».

Non à la haine !
Non à la violence !
Non à l’horreur !
Non au racisme !
Non à l’esclavagisme !
Non à la terreur !
Non à l’ignorance !
Non à la guerre !