Le calme avant la tempête

« Les gens tombent amoureux de façon étrange
Peut-être juste le contact d’une main »
(“Thinking Out Loud”, Ed Sheeran)

Je croyais que la pire des tempêtes était derrière moi. Je n’ai pas succombé à la tentation, à cette passion qui me dévorait de l’intérieur pendant quasiment un an. Un an de lutte acharnée…

Mais finalement c’est facile de lutter lorsqu’on n’est même pas sûre de la réciprocité des sentiments de l’autre. Puisque je n’étais absolument pas sûre de leur réciprocité. Tout était peut-être juste dans ma tête et dans mes tripes…

Cette bataille, je l’avais gagnée, mais réellement ?

Les mois qui allaient suivre s’annonçaient parmi les plus durs de ma vie. Mais grâce aux nouveaux projets, à mes nouvelles études, j’allais m’en sortir. Oublier la tempête des émotions et des sensations au bénéfice de mes nouveaux projets personnels et aussi au bénéfice du temps que je retrouvais auprès de mes enfants.

Et du temps que je passais avec moi-même, ce que je n’avais plus fait depuis bien longtemps, depuis trop longtemps. Me retrouver. Lire. Écrire. Réfléchir. Renouer avec mes vrais besoins, mes envies enfouies et surtout mes valeurs qui ont changé depuis toutes ces années. Des années depuis que j’ai quitté mon pays natal et ma famille d’origine. Depuis que je me suis mariée et devenue maman.

Mais la passion non assouvie pendant cette année fatidique a creusé un vide existentiel profond.

Pendant plusieurs années ce vide avait été comblé par mes enfants, d’abord la naissance de mon aîné, ensuite du cadet. Mais une femme peut-elle se satisfaire de cet amour maternel ? Les enfants grandissent et d’autres besoins et envies refont surface. D’autres désirs… Mais j’étais mariée, j’avais deux enfants en bas âge. J’ai donc quitté mon travail pour ne pas succomber à cette passion que j’estimais destructrice et pour sauver mon mariage.

Mais qu’ai-je fait pour le sauver ? Rien. Je n’ai rien fait.

Croyant (naïvement) que quitter mon travail, reprendre les études et passer plus de temps avec les enfants allaient m’aider à sauver mon couple. Mais mon mari travaillait toujours autant et ne voyait pas du tout mes états d’âme ni mes difficultés à retrouver ma sérénité. Mes difficultés à retrouver le sens. Je commençais à retrouver mon énergie vitale, je prenais plaisir à participer aux cours, les études me tirait vers le haut. Et pendant que j’allais aux cours le week-end, il gardait les enfants.

Un immense espace de liberté pour moi.

Certes c’était vital, même si je peinais toujours à me sentir comblée. Et plus je me consacrais à mes études et à mes enfants, plus je me concentrais sur mes besoins vitaux (dormir, me débarrasser de mes douleurs chroniques et psychosomatiques, m’isoler pour retrouver le calme et la sérénité), plus le trou se creusait entre lui et moi.

La routine, la vie familiale, toujours les mêmes sorties, toujours les mêmes activités. J’avais l’impression que ma vie tournait en rond. Ou alors qu’elle était trop linéaire. Pas de surprises. Pas d’imprévus (à part les maladies des enfants). Pas d’événements qui font chavirer la tête. Pas de place pour les sensations fortes, trop risqué. La routine qui tue et la distance qui augmente. Il s’occupe bien des enfants quand je vais à mes cours, il s’est toujours bien occupé d’eux. Mais est-ce suffisant pour maintenir, ou devrais-je dire plutôt pour raviver la flamme ? Bien évidemment que non !

Ma tête le dit.
Mon corps le crie.
Mon cœur le hurle.

Il ne se passe rien. A part quelques battements de cœur en accéléré à l’occasion d’une rencontre ou d’une autre, que je m’efforce d’amenuiser aussitôt. Je ne m’autorise pas, je ne m’autorise plus. Je n’ai pas fui une passion pour succomber à une autre. Car une femme mariée vit pour les autres, elle ne peut pas vivre pour elle-même.  Elle n’a pas le droit de penser à elle, me disait cette voix intérieure, héritage de mon éducation, une voix bien plus forte que mes besoins profonds et mes vraies envies.

La voix de la société qui t’oblige à rentrer dans le moule coûte que coûte. La voix du regard des autres rarement bienveillant.

Mais il y avait aussi les valeurs. À cette période de ma vie, je me suis beaucoup posé la question quant à mes vraies valeurs. Non celles issues de ma maison natale. Les miennes, celles que j’ai développées au cours de ma vie d’adulte. Aujourd’hui je les connais, je les ai clairement identifiées, je les honore de mon mieux, et je me sens plus que jamais moi-même.  À l’époque je tâtonnais encore. Et je n’arrêtais pas de regarder les hommes. J’avais l’impression d’être à la recherche de celui qui me sortirait de là, de ce marasme, de ce vide existentiel.

Puisque mon mari ne faisait pas grand-chose pour me retrouver, pour me reconquérir, pour me séduire à nouveau.

Il me tournait autour le soir, ok, mais je ne parle pas de ça. Comment pouvait-il avoir encore envie de moi s’il ne me connaissait plus ? Il ne savait pas qui j’étais. En tout cas moi je n’avais plus envie de lui, je ne l’aimais probablement plus… Ou de moins en moins avec chaque jour qui passait dans une platitude à mourir, dans une routine qui le satisfaisait complètement, lui qui a tellement besoin de sécurité et qui appréhende tout changement. Moi j’étais rentrée dans son système, j’ai accepté tous ces rituels répétitifs dont apparemment ont besoin les enfants pour bien grandir.

Mais grandissent-ils bien avec une maman frustrée ?

Je me débattais donc depuis plusieurs années jusqu’à ce jour où l’inévitable est arrivé.

Où je suis (re)tombée amoureuse.

J’avais cru que la pire des tempêtes était derrière moi…

« Les gens tombent amoureux de façon étrange
Peut-être que tout fait partie d’un plan
Je continuerai à faire les mêmes erreurs
Espérant que tu comprendras »
(“Thinking Out Loud”, Ed Sheeran)