Bon voyage princesse

Un séminaire d’entreprise de trois jours. Ça tombe à pic !
Je rêve de passer quelques jours far far away.

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Je suis en plein délire : après le dernier after-work, un commercial de l’entreprise m’a ramenée chez moi en moto. J’ai adoré cette sensation de liberté, en traversant Paris assise derrière ce bel homme, un peu plus jeune que moi, qui sentait si bon.

Mon mari ne met jamais de parfum, même si je lui en offre de temps en temps. Ce dernier est plutôt beau gosse, mais ne fait pas spécialement attention à son look, tout en gardant son hygiène corporelle impeccable (je préfère le préciser), et sentir bon le parfum est la dernière de ses préoccupations.

Les enfants savent que je passerai trois jours dans un château et que je dois mettre dans ma valise une jolie robe pour le gala du deuxième soir.

Tu ressembleras à une vraie princesse, me disent-ils.

Pour eux, tout va bien. Ils sont contents pour moi et se réjouissent déjà de ces trois jours qu’ils passeront avec leur papa. Je choisis soigneusement les tenues que je vais porter, le collègue qui m’a ramenée l’autre fois sera là. Il m’a confiée qu’il adorait voir les femmes porter des bottines à talons aiguilles. J’en ai mis une magnifique paire dans la valise, voici une excellente occasion pour les mettre.

Tiens ! Me voilà Cendrillon !

C’est vrai qu’avec les enfants, c’est plutôt jean-baskets, ils n’ont pas l’habitude de me voir en mode princesse. En fait, je ne suis pas très robes, surtout pour prendre le métro (et encore moins pour monter sur une moto).

Résumons : de jolis souliers, une magnifique robe, un château, un prince charmant. Je suis donc en train de vivre un vrai conte de fées. Sauf que dans le conte de fées, la princesse est célibataire et n’a pas d’enfants. Oups, j’ai oublié ce PETIT détail…

Et qui est le vrai prince charmant ? Celui avec qui je suis liée depuis tant d’années et qui prend soin du foyer à mes côtés, ou bien est-ce le beau commercial qui s’amuse à séduire les collègues mariées ?

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« N’oublie pas les préservatifs » – m’a lancé mon mari, en apercevant la valise.

J’ai ricané nerveusement. Il ne me les a pas tendus, mais c’était comme s’il l’avait fait. Je ne sais pas ce qui l’a poussé à ce geste, à cette phrase si explicite. Pas de scène de jalousie, ce n’est pas son genre. Aucun geste de malveillance ou de mépris à mon égard.

Aujourd’hui, je me l’explique comme le symbole de ma totale liberté dans ce mariage, mais aussi un gage de confiance de sa part. Je suis libre et la seule responsable de mes actes. Je crois que c’est ce qu’il voulait me faire comprendre. Ce n’est pas en me faisant une crise de colère ou en m’interdisant de partir à ce séminaire, qu’il allait résoudre mes problèmes existentiels, mon aliénation dans mon rôle d’épouse et de maman. Une raison de plus pour moi de ne pas le détester. Si je le quittais, je ne pourrais même pas dire :

« C’est un salaud, c’est de sa faute ».

Si je le quittais, personne ne m’aurait consolée en disant : « Tu as raison, il n’en valait pas la peine ». Cela aurait été trop facile : il ne me trompe pas (ou du moins il n’en a pas l’air), il n’est pas violent, il ne boit pas, il ne se drogue pas, il a un travail, il joue avec les enfants.

A cette période de ma vie, de mon point de vue, nous étions arrivés au point de non-retour. La rupture me semblait imminente. En tout cas, je faisais tout dans ce sens. Ce n’était même pas de la provocation volontaire, mais quelque chose d’incontrôlable. Certainement ce qui pousse certaines femmes à passer de l’autre côté. J’étais là, sur cette ligne invisible, et j’allais la traverser.

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Dans le train nous emmenant au séminaire, l’ambiance était bon enfant. Je faisais un peu bonne mine à mauvais jeu, car :

  • J’étais épuisée physiquement par des nuits blanches, mon insomnie devenue chronique et accentuée par la situation ;
  • Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre car mes collègues (hommes) n’arrêtaient pas de faire des suggestions ambiguës : « Ce qui se passe au château, reste au château… », et d’autres phrases dans ce style, de quoi avoir la trouille.

Rappelez-vous, je ne contrôlais plus vraiment ni mes sentiments ni mes réactions. Arriverais-je à contrôler mes actes pendant ces trois jours et deux nuits ? A quoi peut s’accrocher une femme mariée, en pleine crise de la quarantaine (pour ma part elle a eu lieu avant la quarantaine), afin de ne pas céder à la tentation d’une aventure extra-conjugale ?

Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que le commercial qui m’avait accompagnée chez moi en moto, avait un rival, si je peux m’exprimer ainsi. Un autre collègue m’avait proposé ce soir-là de me ramener chez moi, en moto également ; c’est pratique pour traverser Paris et aller en banlieue. Ils étaient donc deux gentils chevaliers (ou plutôt deux motards) prêts à proposer leurs services en échange des mille et une faveurs de la princesse… Et je ne restais pas insensible.

Le premier soir du séminaire : des échanges de regards par ci, des sourires prometteurs par là. Je n’ai même pas appelée les enfants pour demander si tout allait bien à la maison. Je n’y ai pas pensé. Cela m’était complètement sorti de la tête. Je ne me reconnaissais pas. Ce n’était pas moi. C’était une autre femme dans mon corps. J’allais flancher.

Au secours, j’ai besoin d’aide !

Autour d’un en énième verre (d’habitude je ne bois pas beaucoup, mais quand je m’y mets, j’ai la langue qui se dénoue), j’ai décidé d’en parler à une collègue, une femme mariée, un peu plus âgée. Depuis mon arrivée dans l’entreprise quelques mois auparavant, le feeling entre nous deux était très vite passé, et elle m’avait prise en quelque sorte sous son aile.

Elle m’a écoutée attentivement. Elle a posé quelques questions avant de répondre. Ses paroles et sa bienveillance face à mon « problème » m’ont fait beaucoup de bien.

« Je suis passée par là. Mon mari était en burn-out causé par son travail. Un collègue dans mon ancienne entreprise n’arrêtait pas de me faire des propositions. Il ne me déplaisait pas non plus. Je sais ce que tu es en train de vivre car moi aussi j’ai failli succomber à la tentation. Mais j’ai résisté et j’ai appris à me faire plaisir d’une autre manière. »

Elle a continué : « Je ne connais pas ton mari, mais d’après ce que tu as pu me raconter, il ne mérite pas que tu perdes la tête pour l’un de ces gars. Tu le regretterais forcément ».

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Quel soulagement d’entendre son histoire et de me rendre compte que d’autres femmes passaient par là.
Quel soulagement de constater que ce n’est pas un sujet tabou, que l’on peut en parler, en faisant tout de même attention à choisir soigneusement la personne à qui l’on décide de se confier.
Quel soulagement de recevoir un avis objectif et désintéressé (eh oui, la visite chez un psy, ça coûte cher).

Cela n’a pas résolu tous mes problèmes, loin de là, mais cela a résolu le problème du séminaire, ce qui était déjà pas mal. J’ai gagné une bataille. Ma collègue a veillée sur moi avec sa présence amicale. Je sentais au fond de moi qu’elle avait raison…

 

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