Mon chat ou ma fille poilue, 1ère partie

En fait, j’ai deux filles. La première est née de mes entrailles, conçue dans la normalité, désirée et avec amour. Elle est grande, brune, des yeux bleus en amande, un petit nez retroussé, plutôt bien proportionnée, une tête bien faite et bien-pensante. Bref, c’est ma plus jolie création…

La seconde est, comment dirais-je, moins conventionnelle. Eh bien oui, je n’ai pas accouchée d’un chat…

[Texte de lectrice soumis à des droits d’auteur]

Malgré mes folles nuits de débandades, je ne suis pas zoophile. En fait, je l’ai recueillie suite au décès de ma tante. Elle n’était âgée que d’à peine un an (le chat pas ma tante…) et déjà brinquebalée je n’ai pas pu la rejeter, toute mignonne qu’elle était et si fragile paraissait-elle.

Depuis toute jeune j’adore les chats. Et bien que ce soit des êtres sournois et parfois maléfiques, je les trouve fascinants !

Souvent lymphatiques et tantôt hyperactifs, ils ont cette capacité de changer de comportement en une fraction de seconde. Tout en gardant leur flegme naturel qui ne déroge pas à la règle, j’ai appris ce qu’était le « Vivre comme un chat ». Il faut savoir qu’un chat n’en fait qu’à sa tête. Et ce snobisme, domaine où ils excellent, nous rappelle que le chat est un dominant. C’est lui qui décide. Sa devise serait, s’il pouvait parler, « Chez moi vit un humain, je le tolère, il me nourrit bien ».

Mais le chat est encore plus insidieux…

Il fait changer le comportement des humains. Si vous-même vous êtes propriétaire, ou devrais-je dire servant(e) d’un chat, vous comprendrez ce que je veux dire… Alors au début on ne s’en rend pas compte. Comment ne pas craquer devant sa bouille si angélique, son petit museau humide, sa queue qui dodeline et ses petits « miaou » à peine perceptibles ? Impossible ! C’est vrai que cette boule de poils trop mignonne avec ses yeux écarquillés et pleins d’amour nous laisse pantois.

Mais malheureusement, c’est le début de la fin.

Nous voilà alpagué dans une troisième voire quatrième dimension… La musique du générique raisonne dans notre tête et nous voilà téléporté en dehors d’une réalité absolue. Le chat nous hypnotise à la façon Lewis Caroll et de sa célébrissime œuvre : « Alice aux pays des Merveilles ». Vous vous souvenez ? Le fameux chat en pyjama rayé rose avec ses yeux qui tourbillonnent. Il est là, peinard, faux-cul au possible (parce que le chat est hypocrite aussi), nous faisant croire qu’il n’est rien sans nous…

Et bien détrompez-vous ! Il n’en est rien.

Le chat est calculateur, fourbe, perfide, malin, capricieux, démoniaque : bref, le chat est un manipulateur pervers narcissique ! Oui, vous m’avez bien lu, le chat dirige notre cerveau sans que nous nous en rendions compte. Je suis là pour vous le prouver et vous ouvrir les yeux. Maintenant que vous avez ce livre entre les mains, vous allez reprendre le cours de votre vie ! Enfin, je l’espère…

Donc, reprenons l’histoire de Mon chat.

En fait, c’est une chatte. Une jolie femelle européenne angora à la robe noire et blanche très soyeuse, prénommée Lybel initialement. Je précise initialement, car outre ce changement mental qu’elle m’a fait subir, ma façon de parler lorsqu’elle est à mes côtés voire même lorsque je pense à elle (c’est pour dire la puissance de sa domination) a littéralement changé…

Ses deux calots verts tirants sur le jaune, sont souvent envahis de noir par la pupille qui se dilate. Mais dès qu’ils croisent un rayon de soleil, se transforment en une fine ligne qui laisse place à deux joyaux de jade. Ses nombreuses, longues et drues vibrisses, nous font croire à un croisement certain avec une crevette, son bidon tout rose et dodu par la consommation excessive de croquettes, ses oreilles multidirectionnelles et ultra sensibles, son chanfrein délicat qui lui donne un profil si parfait et ses élégantes pattes, dont le pelage laisse à penser qu’elle a enfilé deux chaussettes blanches !

Elle s’est très bien adaptée à mon appartement.

Parcourant de long en large chaque pièce, se frottant sur chaque meuble, porte, coin de mur ou objet s’offrant à elle. Bien évidemment, elle appose discrètement ses phéromones afin de marquer tout simplement son territoire dans le cas où un de ses congénère viendrait et voudrait prendre place…

Au début, je n’ai pas compris l’ampleur de sa puissance cognitive et du pouvoir qu’elle avait sur moi. Elle m’ignorait principalement. Elle ne venait jamais me faire les longs câlins, blottie et ronronnant sur mes genoux, comme le font la plupart des chats. Non.

Mais n’oubliait cependant pas pour me rappeler à l’ordre lorsque sa gamelle criait famine !

Elle a été la championne de la bêtise aussi. Effectivement, sa principale activité les premiers temps de notre vie commune, était d’arpenter chaque recoin de cette terre inconnue qu’est mon logis. Imaginez, le plaisir et la curiosité exacerbée d’un chat qui découvre un nouvel endroit… Outre le fait de plaquer son odeur absolument partout, elle aimait monter sur les meubles, même les plus hauts, trouvant les astuces pour gravir les sommets himalayens de l’appartement, se cachait au détour d’un sac vide ou d’une niche solitaire, se terrant sous la bibliothèque ou plus simplement entre les nombreux oreillers recouvrant mon lit…

De nombreuses fois, je l’ai cherché, paniquée car ne la trouvant nulle part – je ne vis pourtant pas dans un château – l’appelant avec insistance, faisant même le tour de la copropriété et montant à pieds les 6 étages de mon immeuble, pensant que j’avais négligemment oublié la porte ouverte de mon appartement…

Que nenni !

Lorsque essoufflée, je rentrais dépitée, prenant un grand verre d’eau fraîche pour calmer mes ardeurs, et levant la tête bêtement dans la cuisine je découvrais Lybel, tête et pattes pendantes et l’œil narquois, au-dessus des meubles hauts de cuisine, me toisant avec cet air condescendant et me disant « ma pauvre fille, je te vois depuis tout à l’heure t’agiter seule et que c’est drôle ! ».

Le chat est perfide.

Son petit jeu préféré consiste à faire tomber le moindre obstacle se trouvant sur son chemin. Je m’explique. Si toutefois j’oubliais un verre sur la table avant le coucher, plein évidemment, je le retrouvais systématiquement le lendemain matin, sur son flanc et noyé de son contenu. Stylos, bouchons, petits bocaux en verre, rouleau de Sopalin et j’en passe, ont également subit le même sort. Elle allait et jusqu’à présent encore, me défier de son regard félin, lorsque je la prenais et la prend sur le fait, donner un coup de patte fatal sur l’objet qui ose être là et qu’elle en décide le contraire pour finalement le faire échouer dans un fracas sur le sol et le laissant périr.

Mais elle sait jouer de sa délicatesse et de sa fourberie pour apparaître d’un coup sur la table alors que je travaille sur mon ordinateur, passant inlassablement devant moi, piétinant mon clavier, balayant mon visage de sa queue touffue pour me faire comprendre qu’elle seule est importante, se prenant, comme tout chat qui se respecte, pour le nombril du monde.

Vaincue, je lâche alors mon occupation pour m’intéresser uniquement « au Chat ».

Je crois d’ailleurs que c’est à ce moment que mon esprit commença à être envoûté. Je m’attachais peu à peu à elle malgré ses agissements démoniaques et lui trouva le surnom de « Teuch ». Enfant issu de la fin des années 70, j’ai vécu dans l’ère du verlan, voici le pourquoi du comment. Sobriquet qui somme toutes lui allait à merveille tant par la sonorité que la personnalité de la bête !

Lybel étant beaucoup trop doux et mièvre à mon goût…

[Texte de lectrice soumis à des droits d’auteur]

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