C’est quoi l’amour ?

« Je ne sais pas ce qu’est l’amour
C’est seulement de la peur, je crois »
(« I don’t know what love is »
Lady Gaga & Bradley Cooper)

Il se présente comme un homme normal, banal, ni excentrique, ni « coincé ». Il a fait des études supérieures, a enseigné dans une université française à l’étranger, a divorcé avec deux enfants adolescents. Monsieur tout le monde, ou presque…  

[Histoire de lectrice]

Solitaire, indépendant mais quand il le désire, pouvant se montrer extrêmement séduisant et convaincant.

Un jour, je me suis décidée à me présenter à lui, avec une arrière-pensée de nouer une relation affective et sincère. Au bout de quelques minutes, il me demande de quoi écrire ? Pourquoi ? Pour rien, dit-il, juste noter votre nom et vous envoyer un mail. Qu’à cela ne tienne, je lui envoie mes coordonnées par mail. Quelle ne fût pas ma surprise de recevoir en retour ses téléphones, adresse, mail, numéro de porte et d’étage… Pourquoi ? Je ne voulais pas comprendre, non, c’était trop « moche », vulgaire ou bassement sexuel, non pas lui, pas encore ! Je me suis plongée alors dans une sorte de déni et ça a été le début de ma perte…

Le début de l’enfer, le début de quatre longues années de soumission, de peur, de mensonges, à moi-même surtout, et à tout le monde.

Ce jour-là, ce même jour où j’ai décidé de faire sa connaissance, je retourne le voir l’après-midi, pensant réellement continuer la conversation engagée le matin. Mais la situation va prendre une toute autre tournure : il se lève et, tranquillement, va verrouiller la porte du bureau. Il se rapproche de moi et va essayer d’avoir une relation sexuelle… Je suis en état de « sidération » comme disent les psychologues, c’est-à-dire que je ne m’appartiens déjà plus, je suis pratiquement incapable de réagir, juste capable de lui demander de ne pas me tirer les cheveux et de lui dire que je ne veux pas de violence…

…mais il est déjà trop tard, il n’entend rien, il est entré dans son délire de domination et de soumission.

Apparemment, après cette séance violente, mais dans laquelle j’avais obtenu ce qui me semblait un réconfort physique, je suis sortie de son antre comme si de rien n’était, alors qu’au plus profond de moi c’était le chaos. S’en est suivi des jours, des semaines, des mois d’attitudes contradictoires chez lui, soufflant sans arrête le chaud et le froid, me raccrochant au nez lorsque je lui disais que je ne pouvais pas le voir, ignorant mes questions, mes messages, jusqu’à me croiser sans même me jeter un regard ! J’étais sa « chose », son « objet » dont il voulait jouir uniquement quand il l’avait décidé.

Et moi ? Tellement déprimée et surtout persuadée que je ne méritais pas mieux que cet énergumène.

J’encaissais les coups psychiques que je prenais régulièrement, en lui trouvant toujours des excuses, comme pour les hommes alcooliques, qu’il était également au passage. Il a nié tout mon être, je n’existais plus en tant que personne humaine. Je ne représentais pour lui qu’une poitrine ou un sexe dont il se demandait quel usage il allait bien pouvoir en faire aujourd’hui…

« Parfois, il me faut ramper
Et je tombe tous les jours
En essayant simplement
De me tenir à tes côtés »
(« I don’t know what love is »
Lady Gaga & Bradley Cooper)

Ce n’est qu’au bout de deux longues années que j’ai réalisé que je devais me faire aider, par une psychologue, pour me sortir des griffes de cet homme-là et je n’oublierai pas sa réaction à la fin de la première séance : « vous avez bien fait de venir me voir… » et plus tard, « vous êtes arrivée chez moi en partie détruite… »

Aujourd’hui, je pense toujours à lui, je ne le vois plus depuis plus de deux ans, mais il rôde toujours dans les parages, tel le prédateur qu’il a toujours été, à la recherche d’une proie vulnérable, fragile et terriblement seule, comme je l’étais à cette époque-là.

Je comprends aussi, aujourd’hui, que derrière son attitude et la mienne se cachaient, et encore peut-être maintenant, d’énormes blessures narcissiques. Oui, nous n’avons pas été aimés comme nous l’aurions voulu, dans notre enfance et adolescence. Oui, l’absence de la mère et du père pèsent terriblement dans nos vies intimes et dans nos rapports affectifs. Nous cherchions sans arrêt à nous réconforter dans les bras l’un de l’autre, faire des câlins, comme si nous étions redevenus des enfants de cinq ans, à essayer de rattraper notre passé perdu.

Le problème c’est que plus la blessure est importante et plus l’attitude est disproportionnée et extrême et c’est la raison pour laquelle cet homme-là n’a jamais été en capacité de donner de l’amour, il en a trop manqué, alors il prenait, avec une grande violence. Moi, je n’aime pas la violence, mais j’étais aussi en grand manque d’affection, alors, ce que je partageais avec lui était toujours mieux que rien.

Changera-t-il un jour ? La maturité venant, pourra-t-il adoucir ses pulsions, être moins en colère ? Ce pari est risqué, pour ma part, je ne m’avancerai pas sur cette voie-là. Je préfère la paix et la sérénité d’aujourd’hui, car j’ai enfin compris qu’il faut, avant tout, être un bon compagnon pour soi-même et protéger farouchement son « moi »…

… même si cela manque souvent de piquant…

« I swear I’ve seen an angel
A paradise in blue
(Every color I choose)
But I don’t know what love is
But I think it might be you »

(« I don’t know what love is »
Lady Gaga & Bradley Cooper)